Vendredi 25 janvier 2008 5 25 /01 /Jan /2008 15:12
Le naufrage du Trentinian à Thakhek

Trentinian1.JPG
Le TRENTINIAN vers 1897 peut être à l’apontement de Nong Seng
 si l’on en juge d’après le profil des montagnes sur l’autre rive...
4 février 1928 : Dépêche télégraphique à Madame Bartholoni 19 Ave. Hoche, Paris :
Résident Supérieur Laos m’informe que vapeur Postam (Trentinian) parti ce matin six heures de Nongsen point d’escale sur rive Siamoise à 5 km en amont de Thakhek a coulé suite explosion essence. Ai profond regret vous faire part décès MM. Tafforin, chef service enseignement Laos, Yonnet, adjoint technique principal, Bartholoni, directeur société mines étain Nampatène qui se rendaient Vientiane et de nombreux indigènes. Capitaine bateau transporté hôpital Thakhek ayant jambe fracturée.
9 février 1928 : Radio Saïgon :

Tafforin Pierre; Yonnet Julien; Bartholoni René (ancien député de la Haute-Savoie) et 40 indigènes décédés. Capitaine Quilichini Ange amputé d’une jambe...explosion subite d’une cargaison d’essence arrimée à bord...Quilichini est mort à l’hôpital des suites de sa blessure...le corps de M. Bartholoni n’a pas encore été retrouvé.

Trentinian2.JPG  Le passage délicat de la chaloupe Trentinian, avant sa mise en service, sur la voie ferrée de l’île de Khône.

 
 Rapport de J. Bosc au Résident Supérieur du Laos :
...prend la “Massié”...j’arrivais à Nong Seng, sur les lieux de la catastrophe, le lendemain samedi vers six heures du soir...Nong Seng se trouve sur la rive siamoise, à 6 km en amont de Thakhek; c’est le siège de l’Evêché Catholique du Laos...L’explosion du “Trentignan” a eu lieu en effet à l’appontement de Nong Seng situé à 50 m environ de l’Evêché; elle produisit une détonation formidable qui fut entendue à plus de trente kilomètres, à Hinboun...il était six heures du matin. Le plus grand nombre de passagers étaient endormis...s’étaient embarqués la veille à Thakhek. Le bateau quittait Thakhek le lendemain 4 février, vers 5 heures un quart, faisait escale à Lakhone (Siam), puis continuait sa route sur Nong Seng où il s’arrêta pour prendre le courrier et embarquer du fret. C’est au moment précis où le “Trentinian” démarrait pour poursuivre sa route sur Vientiane que la catastrophe survint, foudroyante, détruisant l’avant du navire et provoquant un incendie général qui dura vingt minutes environ jusqu’à l’instant où, envahi par l’eau, le bateau s’enfonça doucement jusqu’au fond, ne laissant émerger que la cheminée et le toit de la paillote du spardeck arrière...une partie de la cargaison d’essence avait été embarquée à Savannakhet, une autre partie à Thakhek...exploitation minière du “Nam-phatene” dans la région de Hinboun, qui a pris, au cours de ces dernières années, un développement considérable...Le capitaine Quilichini que j’avais vu la veille à l’hôpital dans un état alarmant, succombait le six février à 10 heures du matin au milieu d’atroces souffrances. Le médecin avait du l’amputer du pied droit et lui enlever plusieurs doigts aux deux mains. Son corps a été transporté à Savannakhet sur la demande de Madame Quilichini qui habite cette localité. Le courrier et les colis postaux sont perdus...
Samedi 26 mai 1928 : Dalat
La Chaloupe “Trentinian” renflouée. Corps de M. Bartholoni retrouvé et identifié.
P-V de la commission de surveillance des bateaux à vapeur :
...une quantité de matières dangereuses bien supérieure à celle autorisée, était à bord au moment de l’accident. La commission fait remarquer que la réglementation en vigueur au Laos au moment de l’accident fixait à 3000 kg le maximum de matières dangereuses. Or il est constaté un dépassement de 2000 kg environ rien que sur les essences, ce qui constitue une infraction très grave aux règlements. Enfin le dépôt dans une cale close d’une tonne d’alcool à 90° et de carbure constitue d’autre part une très grave imprudence. Le dégagement de gaz acétylène provoqué par mouillage accidentel (eau à fond de cale non pompée pendant la nuit, fuite conduite d’eau) ainsi qu’un dégagement de vapeur d’alcool peuvent former des mélanges détonants et provoquer des effets destructifs considérables.
La Compagnie Saïgonnaise de Navigation et de Transports
...fixait à 100 le nombre de passagers qui pouvaient être embarqués...présent à bord au moment de l’explosion 145 passagers non compris les membres d’équipage...”Le Colombert” a quitté Thakhek le 9 avril 1928 avec 148 passagers annamites, 2 chinois, 3 boy laotiens et 2 Européens pour le nord soit au total 155 passagers, qu’il est affligeant de constater en passant que les tragiques événements du 4 février 1928 n’ont pas servi de leçon.
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 Avez vous remarqué le « stupa » à gauche de l’entrée du poste d’immigration à Thakhek ? Approchez vous pour lire les plaques de part et d’autre de l’édifice : c’est en fait une stèle à la mémoire des victimes du naufrage.
 Vous êtes étonné de lire plus haut :...Nong Seng se trouve sur la rive siamoise, à 6 km en amont de Thakhek; c’est le siège de l’Evêché Catholique du Laos... ?
Nong Seng est maintenant un faubourg au nord de Nakhon Phanom qui s’appelait à l’époque « Lakhon ». Il y a encore une grande église et une école catholique et, derrière l’église, un cimetière où l’on retrouve les noms des premiers curés des Missions Etrangères de Paris : notamment Constant Prodhomme (1849 – 1920) et Xavier Guégo (1855 – 1918) qui, dès 1881 créèrent un centre d’évangélisation à Lakhon puis en 1886 sur l’île de don Dône juste en amont sur le Mékong (île passée au Laos en 1893 lorsque le Mékong devient frontière). C’est en 1896, qu’on a fait de Nong Seng le siège de la Mission apostolique du Laos car à cette époque le Mékong n’était encore qu’une frontière nouvellement créée et l’appellation « Evêché Catholique du Laos » ou « Mission apostolique du Laos » semble avoir perdurée encore longtemps.
M. Bartholoni René, ancien député de la Haute-Savoie qui a péri dans le naufrage, était directeur de la société des mines d’étain de Nam Patène, mines encore en exploitation par une société de la Corée du nord qui n’a guère investi depuis que les colonisateurs ont quitté le pays ! (Nous) Pour s’en convaincre, il suffit de quitter Thakhek par la route de Vientiane et tourner à droite après 45 km en direction de Phon Tiou : suivre la ligne 22 kV qui vous conduira a ce qui reste du village colonial avec les maisons des employés, des cadres et... l’église du village (ou ce qu’il en reste). Vous pourrez voir un vieux camion « Unic » et ce qui reste de l’usine avec ses moteurs et ses pompes d’époque, tous matériels français.
Trentinian4.JPG Le matériel de l’usine pour fournir l’énergie a quand à lui disparu probablement quand elle a été reliée au réseau EDL.





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Les ruines de l’église du village de Phon Tiou en février 2005. Il y a dans l’église une autre plaque à la mémoire de René Bartholoni.

Par Francois.fer-air - Communauté : LAOS
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Dimanche 20 janvier 2008 7 20 /01 /Jan /2008 13:53
Chemin de fer de Khône

A l'extrême sud du Laos, sur le Mékong, dans la région de Si phan done (quatre mille îles), une formation rocheuse barre le cours du Mékong et crée des chutes d'environ 15 m de dénivelée sur une largeur de plus de 10 km.
Cet obstacle à la circulation fluviale à amené l'administration coloniale à créer une voie de chemin de fer dès 1893 pour faciliter le transbordement de canonnières (Massie, Ham-Luong, La Grandière) devant assurer, en amont, la protection de la frontière nouvellement établie entre le Siam ( Thaïlande) et le Laos.
 
  Carte-Don-Khone.JPG
Carte de la région de Khône avec la voie ferrée représentée.
 
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 Chaloupe Ham Luong à Khône sud en octobre 1893
 
9 avril 1896 : « travaux réfection voie de Khône commencés seront assez considérables : près de 2500 traverses seront à changer malgré plus stricte économie sur solde et nourriture coolies laotiens ( ! ) estime que dépense atteindra 4000 P[1] soit double de somme prévue au budget . Ai pu obtenir que matériel Decauville nécessaire me soit prêté par Cochinchine. Ne remboursera que transport matériel » Trois ans seulement après la pose de la première voie en vue du transbordement des chaloupes Garcerie, Colombert et Trentinian.
 
La voie ferrée, à l'apogée de son développement, parcourt les îles de Don Khône au sud et Don Det au nord sur une longueur totale d'environ 14 km et se termine par un quai de transbordement à chaque extrémité.
 
On peut encore voir la plate-forme sur l'ensemble du parcours et les quais de transbordement aux deux extrémités mais surtout le pont à 13 arches en béton armé construit vers 1910 entre les îles de Don Khône et Don Det. Le quai et la gare de Khône-nord sont encore visibles dans le village où d'autres maisons coloniales existent encore. Les vestiges d'une locomotive (probablement celle livrée en 1929) sont encore visibles ainsi qu'une machine à vapeur fixe près de ce qui fut les ateliers dont on devine les fondations. A Khône-sud, le quai a une hauteur impressionnante au dessus du Mékong et l'on devine un château d'eau envahi par la végétation et les vestiges d’une autre locomotive.
  Pont-Khone.JPG
Le pont de l'île de Khône construit vers 1909
 
Curieusement, on retrouve des vestiges de voie Decauville de 0,60 m qui servent de barrière dans le village de Khône-nord ou de poutrelles de pont piétonnier sur Don Khône mais la voie était déjà métrique vers 1898 !
 
Très primitive lors de sa construction en 1883 (peut-être Decauville de 0,60 m ?), la voie se limite à traverser l'île de Don Khône, mais le bief sur lequel est aménagé le quai amont ne peut être utilisé qu'en période de hautes eaux. Quinze ans environ après que la voie ait été concédée à une entreprise privée (en 1894 : Compagnie Saigonaise de Navigation et de Transport, puis Compagnie des Messageries Fluviales de Cochinchine) dans le but d'assurer le transbordement de fret commercial et de passagers, la voie est prolongée sur Don Det au nord dans le but d’étendre la période pendant laquelle les bateaux peuvent accoster le quai de déchargement dans un bief plus profond pendant les étiages. Ce prolongement nécessite la construction d'un pont en béton armé de 13 arches pour franchir le bief entre Don Khône au sud et Don Det au nord. Ce pont est toujours bien visible et en bon état et sert au passage des habitants locaux. Il fut construit par des maçons français et vietnamiens, des chinois et des coolies lao.
 
M. Van Dhi, né vers 1910, rencontré en 1997, a travaillé au chemin de fer à partir de 1929 et était caporal batelier mécanicien dès 1934. Selon lui, en période de hautes eaux, le terminus des trains était au quai nord de don Khône alors qu'à l'étiage, ils franchissaient le pont pour se rendre au quai de Don Det. Il y avait une locomotive, 12 wagons et une voiture spéciale pour le gouverneur. Il fallait en moyenne deux navettes de train pour charger un bateau.
 
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Probablement la locomotive « Paul Doumer »
 
La première locomotive de 7 tonnes fut baptisée APaul Doumer@ en hommage au nouveau gouverneur général de l'Indochine. Elle remorquait péniblement 31 tonnes sur la voie et avait des difficultés à monter la rampe d'accès au pont de Khône nord. En 1929 une nouvelle locomotive tender à trois essieux couplés pour voie de 1m00 est livrée : c'est celle que l'on peut voir à Khône nord.
 
  Don-Khone3.JPG
 
 Peut-être la livraison de la second locomotive et deux voitures, en 1929 à Khône sud...
 
Selon M. Van Dhi, la voie ferrée aurait encore été utilisée par les Japonais lors de la seconde guerre mondiale quand la Thaïlande avait annexé la province de Champassak.
 
Elle serait tombée en désuétude à la mise en service de la route longeant la rive gauche du Mékong (vers 1949) qui permettait l’acheminement plus rapide du peu de marchandises qui transitaient par là... et laissée à l’abandon depuis.
 oOo


[1] Piastre.
Par Francois.fer-air - Communauté : LAOS
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Samedi 19 janvier 2008 6 19 /01 /Jan /2008 16:23

Le Chemin de fer Thakhek – Tan Áp

 

 

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Vers 1934, en attendant le prolongement de la ligne de chemin de fer en direction de Thakhek, les passagers s’entassent dans l’autobus en gare de Xom Cuc (Vietnam).
 
Un avant-projet de février 1925 et un projet d’exécution datant d’avril 1929 vont conduire à l’adjudication du 4° lot A du projet à l’entreprise Bourillon de Vinh notifié le 26 novembre 1929 : délai d’achèvement 36 mois. (Nous sommes à l’époque où l’Indochine est sous domination française) 

Pour un montant de 663 955 piastres, le 4° lot A consiste à construire des bâtiments, terrasser la plateforme du chemin de fer et exécuter les ouvrages d’art de Thakhek au village de Phavang, seize kilomètres plus loin.

Ce début d’exécution s’inscrit dans un ensemble devant conduire la voie ferrée de Tanap au sud de Vinh sur la future ligne Hanoi – Saïgon, au bord du Mékong puis, à Udon Thani où le chemin de fer du Siam (Thaïlande) est en projet. Les visionnaires de l’époque rêvent déjà de relier par le rail Pékin à Singapour et aussi de raccourcir le trajet Hanoi – Saïgon de 300 kilomètres en passant par la rive gauche du Mékong
plutôt que de contourner la péninsule indochinoise par l’ouest.

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Le réseau ferré de l’Indochine en 1949 montre bien le projet
Les travaux avancent donc : construction de sept maisons à Thakhek pour les futurs cadres de l’exploitation, ces maisons sont toujours visibles juste au sud du marché Talat Nabong au bord du Mékong, au nord du centre-ville. 

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Exécution de la plateforme de la voie, perpendiculaire au fleuve et d’un triangle de retournement à proximité de la future gare qui ne fait pas partie du contrat. La voie remonte en ligne droite jusqu’au triangle du carrefour SENO[1] – et le kilomètre 0+000 de notre route de Gnommalat (la route coloniale 12). A la pointe nord ouest de ce triangle où trône le buste de Kaysone Phomivanh, on peut encore voir la coupure profonde creusée dans les grès noirs pour franchir la barre du phou Khan (pk 3+800) et la voie redescend en remblai vers l’est dans les rizières de la plaine.

La Nam Done était franchie deux fois sur des ponts en béton armé de 45m de long dont un est encore utilisé (pk 8+030) et l’autre démoli (pk 13+905) avec une travée tombée dans la rivière. 

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La voie franchissait avec la route actuelle le premier défilé à l’est de Thakhek et l’on peut encore voir deux ponceaux de drainage sous le remblai de part et d’autre du défilé.
 Le tout s’arrêtait à Phavang où l’on peut encore voir un ponceau au pied du bec rocheux, près de la route.
 
La construction coté Lao s’est arrêtée là : la crise financière du début des années trente et le début d’insurrections au nord Vietnam a vu les fonds diminués puis détournés vers d’autres priorités... « Les fonds destinés à la partie médiane du chemin de fer de Thanap à Thakhek furent virés pour des travaux d’irrigation à exécuter dans le Nord Annam » le ballast et la voie n’ont probablement jamais été posés.
Pourtant le projet d’exécution d’avril 1929 et le projet simplifié du 12 février 1931 prévoyait la poursuite de la ligne au delà de Phavang sur le tronçon central passant par Mahaxai et sa gare au kilomètre 45+444 ; puis le franchissement de la Nam Phit par un ouvrage juste au nord du confluent avec la Xebanfaï. La voie s’engouffrait alors en rive droite des gorges de la Xebanfaï, remontait la rive droite de la Nam Gnom sur 500 mètres environ avant de la franchir et de repartir plein est.
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Il s’agissait ensuite de franchir une étroite péninsule karstique que certains projets prévoyaient par un tunnel de 447 m de long et que d’autres contournaient plus sagement... La voie suivait ensuite à peu près la route 12 pour ne s’en éloigner au kilomètre 98 pour prendre de l’altitude à proximité du col qui fait frontière avec le Vietnam : le col de Mu Gia. La frontière s’appelle maintenant Naphao du nom du village Ban Naphao qui était à proximité.
Du col de Mu Gia (Naphao) - à la frontière entre le Laos et le Vietnam - la voie redescendait le versant vietnamien de la cordillère annamitique qui est beaucoup plus escarpé que le versant laotien. Le tracé était donc plus difficile avec des ouvrages d’art importants et un profil tourmenté.
Les ingénieurs de l’époque avait bien vu le problème et avaient imaginé faciliter la construction et l’acheminement du matériel nécessaire et du personnel par un transporteur à câble. Aussitôt dit, aussitôt fait au titre des prestations en nature des dommages de la première guerre mondiale : l’entreprise allemande Heckel a construit le plus long téléphérique au monde de l’époque – quarante deux kilomètres – de Xom Cuc au Vietnam à Ban Naphao au Laos. Cette même société construisit dix ans plus tard, celui de Bourg Saint Maurice aux Bréviaires pour la construction du barrage de Tignes.
Il ne reste malheureusement presque rien de ce téléphérique. Quelques photos d’époque, des fondations de pylônes et d’ouvrages en béton, et près de Ban Naphao quelques profilés métallique dans les cours et... des clôtures pour le bétail constituées de câbles détoronés !
Il semble qu’au début des années 1980, le Laos ait vendu à la ferraille ce qui avait échappé aux démolitions de la guerre. (ce col était un axe important de la piste Ho Chi Minh)

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La notification de ce marché a eu lieu le 15 janvier 1930 et la réception définitive de l’ouvrage le 13 février 1933. Les Grenoblois connaissent bien le transporteur à câble qui alimente l’usine Vicat au bord de l’autoroute A 480 : il s’agissait d’un ouvrage de ce type avec cinq stations intermédiaires et deux stations d’extrémité. Le contrat nous dit : « La charge utile du wagonnet seul sera de 200 kilos. La charge utile de deux wagonnets accouplés pour bois, acier, etc... sera de 400 kilos ; la longueur des pièces transportées pourra atteindre six mètres » « Le système de chemin de fer aérien employé sera du type tricâble, comportant deux câbles porteurs et un câble tracteur » L’ouverture du téléphérique et la création de la taxe de transport aura lieu le 18 décembre 1933. « A titre d’essai, le câble sera mis en marche trois fois par semaine ; il sera en correspondance avec les trains ordinaires côté Annam[2] et avec des camions et autos du côté Laos. Son débit maximum sera de quinze tonnes par jour de mise en marche. L’exploitation du téléphérique ne pourra s’effectuer que pendant la bonne saison au Laos, soit approximativement de Novembre à Avril. Délais de transport : en principe, de Tân-Ap à Thakhek ou inversement : cinq jours. »
Malheureusement à la date de la mise en service du téléphérique, la construction du chemin de fer Tanap – Thakhek est déjà suspendue... puis le journal officiel du 7 octobre 1937 indique : « Le programme de construction de voies a été remanié : la construction de la section médiane de la ligne de Tan-Ap à Thakhek a été différée. »
Pourtant, le téléphérique continue de fonctionner : trafic de 1197 tonnes dans le sens Annam – Laos du 1er novembre 1936 au 30 mars 1937 et seulement 348 tonnes dans l’autre sens.
Le rapport du Colonel F. Bernard sur les voies de communication au Laos en janvier 1936 met de l’huile sur le feu : « ... il propose, non point la création de voies nouvelles ou l’achèvement du chemin de fer Tanap - Thakhek aujourd’hui abandonné...il y a lieu de tenir compte des dépenses effectuées pour la construction du chemin de fer Tanap - Thakhek, soit 7 830 000 piastres au total...en fait, le gouvernement Général de l’Indochine a dépensé 7 800 000 piastres, soit près de 80M de francs pour construire 18 km de chemin de fer, dont le prix de revient s’élève ainsi au chiffre extravagant de 4 400 000 francs par kilomètre, et cet incroyable gaspillage n’a donné lieu à aucune enquête, et provoqué aucune sanction. Le chemin de service construit à très grand frais est actuellement impraticable pendant la saison des pluies, et les câbles du téléphérique, bien que leur utilisation ait été à peu près nulle, sont aujourd’hui hors service...en 1934 la voie ferrée Tanap - Xom-Cuc a subi de très graves dégâts qui ont nécessité des travaux de parachèvement importants...la route N̊9 a été commencée en 1895, il a fallu 35 ans pour la terminer; pendant cette longue période elle a été abandonnée, reprise, abandonnée à nouveau plus de 10 fois. La route N̊8 a été commencée en 1903, elle a subi les mêmes alternatives; après 30 ans d’efforts, elle n’est encore praticable pendant toute l’année que sur la moitié à peine de son parcours...le jour ou nous avons détaché d’une façon définitive le Laos du pays voisin (Siam) nous avons souscrit à l’égard des populations qui l’habitent des engagements auxquels, il importe de le dire, nous nous sommes constamment dérobés...les recettes propres du Laos se réduisent à 1,5 piastre par habitant...il est commode d’attribuer la stagnation du Laos à l’insuffisance de ses moyens de communications; elle n’est due en fait qu’a la carence totale de l’administration française. »
Nous avons rencontré à Ban Naphao un vieux monsieur qui se souvenait des « falangs » qui prenaient les bennes et qui, lui aussi, avait fait le trajet. Il nous a montré l’emplacement de la gare terminale dont il ne reste rien car les travaux de la route ont effacé le peu que la guerre avait pu laisser. Environ deux kilomètres avant le poste frontière sur la gauche de la route on devine un mur de béton qui devait appartenir à la station No. 6 de Mu-Gia...
Côté vietnamien, la voie a été construite et mise en service sur 18 kilomètres.
Le dossier d’exécution du 1er lot date du 1er décembre 1928 et c’est l’entreprise Jullien qui se voit attribuer le marché le 31 août 1929, mais M. Rémy Jullien décède en 1931 ce qui conduira à la création d’une caisse d’avance pour le paiement des coolies le 31 août 1931 ; fermée le 11 janvier 1934. La construction rencontre aussi des problèmes : « une crue exceptionnelle en septembre 1930 a causé des dégâts très importants aux remblais de la plaine de Thanh-Lang...des terrassements supplémentaires ont été reconnus nécessaires pour permettre le passage des bennes au-dessus de certains points hauts » (on parle là du téléphérique). La voie sera posée début 1932. Hanoï, le 30 mars 1932 « Les installations de la nouvelle gare de Tan-Ap...origine de la ligne de Tan-Ap – Xom Cuc venant d’être terminées et remises à l’exploitation...cette ouverture facilitera la circulation des trains de ballast du service de la construction ». L’ouverture à l’exploitation de l’embranchement Tanap – Xom Cuc aura lieu le 10 décembre 1933 ; à la même date que le téléphérique.
 

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La halle aux marchandises de Xom-Cuc et la gare de départ de téléphérique en direction de Ban Naphao
 

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Photo prise sous le même angle le 13 janvier 2008, 50 ans après la fin des opérations.
  
De Tanap à Xom-Cuc, sur 18 kilomètres, la voie rejoignait d’abord la rive gauche du Song Giang puis franchissait le Khé Ha sur un viaduc de 57 m avant de traverser la plaine de Than Lang sur un long remblai rectiligne.
 

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Les ruines du viaduc sur le Khé Ha et la traversée en remblai de la plaine de Than Lang.

  Un tunnel de 328 m et au moins deux viaducs complétaient les ouvrages nécessaires pour atteindre la gare de Xom Cuc. Au delà, le projet prévoyait que les rampes commencent au kilomètre 28 ; puis un tunnel de 378 m au pk 48+6 ; le tunnel de faîte au col de Mu-Gia de 430 m au pk 59+1 ; et 9 grands ouvrages (métalliques) répartis le long de la rampe. Les projets successifs de 1924 à 1931 différaient sensiblement sur l’alignement de la voie pour le franchissement de la cordillère annamitique côté vietnamien. Le projet simplifié de 1931 autorisait des pentes plus fortes dans les rampes et des rayons de courbure plus courts, tout cela dans le but évident de réduire les coûts d’infrastructure.

Notre route 12 était autrefois « la route locale n°7 entre Ban Naphao et Thakhek » ; son exploitation permanente est prévue à partir de la fin de 1937. C’est probablement juste avant cette date que les piles du vieux pont sur la Nam Gnom que l’on voit encore en aval du nouveau pont sur la route du Vietnam ont été construites.

Jusqu’à quand ces installations ont-elles fonctionné ? La seconde guerre mondiale est proche, les japonais vont chasser les français presque dix ans plus tard. A la fin de la guerre la branche Tanap – Xom-Cuc n’est pas en service, pas plus que le transindochinois entre Dong Ha et Hanoï. Les français reviendront encore presque dix ans avant que ne débute la guerre dite « du Vietnam » qui effacera la plus grande partie de cette infrastructure sauf ce qui était loin de la zone des conflits...aux environs de Thakhek. A Xom-Cuc[3], un monsieur nous a dit que les installations avaient fonctionnées jusqu’en 1957 ou 58 et que ce qui restait des infrastructures avaient été démontées dans les années 80.

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A gauche, le monsieur de Xom Cuc qui nous a renseigné
  
Il faut signaler à titre rétrospectif qu’un groupement américain a proposé en 1919 de faire ce chemin de fer – dont on parlait dès 1905 – sans frais pour la colonie : sans doute était-il intéressé par les gisements miniers du Laos. En 1928, un consortium formé par la compagnie du Yunnan, la Banque de l’Indochine, la Compagnie Générale des Colonies, les entreprises Dufour et Grands Travaux de Marseille, ont demandé la concession de la ligne, encore apparemment sans succès.
oOo
 
Références : Documentation personnelle et Centre des archives d’outre mer à Aix en Provence.


[1] l’origine du vocable vient de Sud-Est Nord-Ouest : l’orientation de la première piste du terrain d’aviation français ; inutile d’orthographier Xénô comme on voit sur certaines cartes modernes...
[2] Le Vietnam actuel était divisé en Tonkin au Nord, Annam au centre et Cochinchine au Sud.
[3] Xom-Cuc n’est plus qu’un lieu dit connu seulement du voisinage. Le village s’appelle maintenant Xã nhân hóa.
Par Francois.fer-air - Communauté : LAOS
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